Pourquoi vouloir changer trop vite ne marche pas

Article blog changement et resistances

Quand on souffre, on veut bouger vite. Pourtant, plus on se précipite pour changer, plus ça résiste. Et si le premier geste n'était pas de transformer, mais de poser la conscience sur ce qui nous tient déjà debout ?

Il y a un réflexe que je vois presque à chaque fois, dès la première séance.

Quelqu'un arrive, épuisé, tendu, à bout. Et la première phrase qui sort, c'est : « il faut que je change ça. »

Le ton, la manière de répondre aux mails à minuit, la difficulté à dire non, la fatigue qui ne part plus. La liste est longue. Elle est toujours longue.

Et je comprends. Quand on souffre, on veut bouger. Vite. On veut que ça s'arrête.

Mais je remarque quelque chose, séance après séance.

Plus on se précipite pour changer, plus ça résiste.

Pourquoi les personnes les plus volontaires sont souvent les plus bloquées

Pendant longtemps, je l'ai vécu comme une énigme. Pourquoi les gens les plus volontaires, les plus travailleurs, ceux qui ont toujours tenu — pourquoi sont-ils souvent les plus coincés au moment de changer ?

Une chose m'a aidé à comprendre.

Nos blocages ne sont pas seulement des idées dans la tête. Ce sont des structures, des images, des sensations qu'on porte sans les voir. Et tant qu'on ne les a pas regardées, vraiment regardées, nos tentatives de résolution glissent dessus sans accrocher.

Pire : parfois, elles ne peuvent pas marcher. Parce qu'on essaie de réparer quelque chose qu'on n'a même pas encore vu.

Alors avant de changer, il y a un autre geste. Plus lent. Presque à contre-courant.

Poser la conscience sur ce qui est déjà là.

Ce que le perfectionnisme protège vraiment

Je me souviens d'un manager. Surcharge chronique, micro-contrôle, plus une minute pour respirer. Il voulait qu'on « travaille sur son perfectionnisme », comme on attaque un mur au burin.

Je lui ai posé une autre question. Pas « comment on enlève ça », mais : « ce perfectionnisme, depuis combien de temps il te tient debout ? »

Un silence.

Et puis quelque chose s'est ouvert. Il a réalisé que cette exigence, qu'il voulait éradiquer comme un défaut, c'était aussi ce qui l'avait porté pendant vingt ans. Ce qui l'avait fait remarquer, promouvoir, respecter. Ce qui le tenait debout les jours sans force.

Ce n'était pas un ennemi. C'était un allié devenu trop bruyant.

Pourquoi on ne gagne jamais une guerre contre soi-même

Ça change tout, ce regard.

Parce que tant qu'on traite une part de soi comme un adversaire, on est en guerre avec soi-même. Et personne ne gagne une guerre contre soi.

Ce mécanisme par lequel on a tellement intégré les besoins des autres — la hiérarchie, l'équipe, l'organisation — qu'on a fini par perdre contact avec les siens n'est pas un défaut de fabrication. C'est souvent ce qui a fait la force de la personne. Et c'est exactement ce qui finit par l'épuiser.

Ces deux choses sont vraies en même temps.

C'est pour ça que je commence rarement par le changement.

Je commence par l'hommage.

Rendre hommage à ce qui nous a tenus debout

Hommage, c'est un grand mot. Disons : une reconnaissance.

Reconnaître ce qui a tenu. Ce qui a protégé. Ce qui, même maladroitement, même au prix de l'épuisement, a permis de traverser.

Le contrôle a souvent évité le chaos. La sur-disponibilité a souvent maintenu un lien. La dureté avec soi a souvent été la seule manière connue de rester debout.

Avant de retirer une pièce, on regarde ce qu'elle soutient.

Sinon tout s'effondre — et la personne le sent. C'est pour ça qu'elle résiste. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est une intelligence du corps qui dit : ne touche pas à ça tant que tu n'as pas compris à quoi ça sert.

Comment le changement devient possible presque tout seul

Quand on prend le temps de cette reconnaissance, quelque chose se détend.

Pas parce qu'on a trouvé la solution. On ne l'a pas encore cherchée.

Mais parce qu'on a arrêté de se combattre. Et dans cet espace-là — quand la lutte intérieure se pose — il se passe une chose curieuse.

Le changement devient possible. Presque de lui-même.

Pas un changement arraché, forcé, tenu à la volonté. Un changement qui vient parce que la part de soi qu'on voulait éliminer se sent enfin vue. Et qu'une part vue n'a plus besoin de crier aussi fort.

L'ordre qui change tout : regarder avant de transformer

Je ne dis pas qu'il ne faut jamais changer. Bien sûr que si. Les gens viennent pour ça, et ils repartent transformés.

Je dis seulement qu'il y a un ordre.

D'abord regarder. Honorer. Comprendre à quoi ça a servi.

Et seulement après, doucement, laisser autre chose émerger.

C'est plus lent au début. C'est infiniment plus solide ensuite.

Par où commencer, aujourd'hui

Alors si tu lis ces lignes avec, quelque part en toi, une part que tu voudrais faire taire — une exigence, une dureté, une fatigue de tenir —

avant de vouloir la changer, essaie autre chose.

Demande-lui depuis combien de temps elle te tient debout.

Écoute ce qu'elle répond.

C'est souvent là que tout commence.

Écrivez votre article ici...


Lire les commentaires (0)

Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Le Burn-out/ Quand ton corps dit Non à ta place

Le Burn-out/ Quand ton corps dit Non à ta place

05 Sep 2024

Le Burn-out : Quand Même les Yogis et les Coachs Tombent dans le Panneau
Ah, le burn-out. Ce fléau moderne qui n'épargne personne, pas même les yogis et les ...

Comment allier motivation, endurance, sens et plaisir dans le monde de l'entreprise ?

Comment allier motivation, endurance, sens et plaisir dans le monde de l'entreprise ?

17 Mai 2024

Le bien-être en entreprise pour éviter le turn-over
Dans le monde de l’entreprise d’aujourd’hui, un vrai défi est le turn-over. Afin de séduire les candidats...

Catégories